La RTS, le débat et le piratage

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Aussi étonnant que cela puisse paraître, le musicien que je suis ne s’est jamais trop intéressé au sujet délicat du piratage de la musique jusqu’à récemment.

Ceci a changé depuis que j’ai été contacté par un membre du parti Pirate, Cédric Jeanneret, suite à mon article sur l’IFPI. J’ai depuis eu l’occasion de discuter du phénomène avec lui notamment, mais aussi avec d’autres membres de son groupe politique.

Ces échanges se sont révélés plutôt intéressants et m’ont permis de constater que certains membres du parti Pirate font preuve de nuance et de réflexion, ce qui, je dois l’avouer humblement, n’était pas l’image que je m’en faisais. Oui, je juge sans connaître, je suis une ordure. Mais là n’est pas le sujet.

J’ai eu envie de réagir suite au « débat » sur le piratage proposé ce matin par la RTS la Première.

Est-ce donc possible qu’un sujet, quel qu’il soit par ailleurs, réunissent autant d’avis semblables ?

A entendre les intervenants, plus personne ne pense que l’écoute d’un MP3 mérite une rémunération ? C’est faux ! J’en sais quelque chose puisque le niveau de notoriété de OUiZZZ nous permet encore de connaître notre public et d’échanger avec lui régulièrement.

Les gens qui nous écoutent, réalisent l’investissement de temps et d’argent qu’un album représente. Chaque sortie nous coûte plusieurs dizaines de milliers de francs entre les frais de studio, de mixage, de mastering, de pressage, de design de pochette, d’affiche et flyers de promotion et d’attaché de presse.

Et je vous épargne (enfin, à moi plus qu’à vous) le calcul du nombre d’heures passées à composer, travailler mes gammes ou répéter avec mes autres camarades pour la mise en place du répertoire pour lesquelles nous ne sommes pas payés.

Or, amusons-nous à imaginer ce que l’auditeur lambda de La Première pense avoir appris ce matin et ce qu’il répétera peut-être à ses collègues devant la machine à café tout à l’heure :

  1. « La musique ne mérite pas de salaire puisqu’elle n’est pas palpable. Elle passe dans l’air donc elle est à tout le monde. » C’est un mec de Couleur 3 qui le dit. Il sait de quoi il parle.
  2. « la musique ne coûte rien à produire » C’est un musicien qui fait de l’électro qui le dit. Donc tu vois les musiciens aussi ne voient pas l’intérêt d’être rémunéré pour ça.
  3. « Les maisons de disques sont une vaste escroquerie. Elles arnaquent, d’une part, les auditeurs en vendant les CDs à frs 30.- et, d’autre part, les artistes en ne leur reversant que 12% du revenu généré » Là aussi, c’est un musicien qui le dit, donc…
  4. Internet, c’est un truc libre, depuis le début c’est comme ça. M’obliger à payer pour télécharger, c’est toucher à ma liberté. La privation de liberté ! Comme en Birmanie en somme. Est-ce que t’as envie de ça toi ? Qu’on se retrouve en dictature ?
  5. Bon on retourne bosser ?

Précisons que je ne suis pas méprisant vis-à-vis du mec de la  machine à café hein. Je réagirais certainement comme ça sur un sujet que je ne connais pas et qui m’est présenté de la sorte.

Reprenons donc ces quelques affirmations une par une  :

  1. J’aurais envie de dire que cette remarque est d’une profonde débilité mais comme je n’ai pas compris qui était le mec à Couleur 3, je ne vais pas prendre le risque de me fâcher avec un éventuel programmateur. Je vais donc me contenter de qualifier l’argument de « plus que discutable ».

    La musique n’est pas palpable, donc on ne doit pas la payer ? Très bien, je vais tenter d’expliquer à l’ingé son qui enregistre notre musique « non palpable » que de ce fait, il ne peut être rémunéré pour ça. Quoi ? Il mérite un salaire parce qu’il passe des heures à bosser sur le projet ? Ah… Mais alors, nous aussi non ? Quoique dans notre cas, il s’agit plus de réussir à rembourser nos frais (et donc limiter nos pertes) en vendant notre musique que de toucher un quelconque salaire.
  2. Dans un débat, s’il y a un musicien qui revendique la distribution gratuite de sa musique, vous pouvez être sûr qu’il fait de l’électro. Normal, c’est un domaine bien à part. Objectivement, et sans aucun dénigrement puisque j’ai moi-même un projet électro à côté de OUiZZZ, ce genre réclame bien moins d’investissement de temps et d’argent qu’un groupe de Power Jazz acoustique par exemple.

    Les compétences instrumentales nécessaires pour l’électro sont limitées puisque tout peut être enregistré séparément, séquencé et corrigé à volonté. Donc pas de longues heures à répéter pour le jour fatidique de l’enregistrement au studio à frs. 150.- de l’heure où le nombre de prises est fatalement limité par le budget. D’ailleurs pas de studio du tout hein. On peut tout faire sur son ordi. Pas besoin de réaliser des CDs non plus. Le monde de l’électro va de pair avec le format mp3.

    Bref, dans mon projet électro, je ne perds pas d’argent. Je compose en quelques heures et je peux diffuser mon morceau partout dans le monde instantanément. Dans ces conditions, je n’ai aucun problème à partager ma musique gratuitement. Reste que j’apprécie qu’un auditeur décide que mes créations méritent une rémunération pour les émotions éventuelles que je peux lui apporter.

    Mais bon, les émotions, c’est pour les nazes en fait.
  3. C’est bon, on a compris que les maisons de disques sont le mal incarné. Dans tous les débats on y a droit. D’ailleurs, pour notre 3ème album, paf, on a décidé de redevenir indépendant. Le problème de la grande majorité des débats auxquels j’assiste, c’est qu’on utilise les pratiques des maisons de disques pour s’acheter une bonne conscience lorsqu’on pirate. Pire, aujourd’hui, on tente de faire passer l’idée que toute la musique doit être gratuite, et de ce fait, y compris celles des indépendants, sous prétexte que les Labels sont des pourritures sans nom ! Cherchez l’erreur.

    On peut discuter des heures mais, pour moi, au fond, le phénomène du piratage est assez simple à expliquer :

    –>la technologie permet depuis quelques années d’obtenir la musique gratuitement.

    –>la technologie ne permet pas de disposer du reste (loyer, voyage, alimentation, etc.) gratuitement.

    Hmm voyons voyons. Une rapide analyse me fait remarquer que je peux continuer à profiter de la musique tout en m’achetant plus d’autres choses. Voilà. Point.

    Après, pour certains, viens la phase de recherche d’excuses :

    –>Tout de même, j’aime ce que les musiciens nous apportent.

    –>Je risque de culpabiliser si j’écoute leur musique sans la payer.

    –>Faut que je développe une parade (inconsciente) pour me sentir mieux.

    –>Tiens, les maisons de disques arnaquent les artistes que j’aime. Donc elles ne méritent pas que je leur donne mon argent.

    –>Bon je n’aide toujours pas les artistes que j’aime, mais m’embrouille pas… Je te rappelle que LES MAISONS DE DISQUES ARNAQUENT LES ARTISTES QUE J’AIME !

    Excuse qui montre donc vite ses limites mais qui suffit pourtant à quelques débatteurs.
  4. Aaaaahhh mon argument « verrouille débat » favori. Parlez d’atteinte à la liberté et vous mettez aussitôt votre contradicteur dans l’embarras. La liberté, c’est un mot fort hein. On y tient tous. On pense immédiatement aux régimes dictatoriaux (tiens, le terme a d’ailleurs été lancé dans le débat d’aujourd’hui) et on se dit que c’est quand même bien d’être libre. Alors si l’on vous accuse de vouloir la réduire, va falloir bien choisir vos mots parce que là, tous les auditeurs vous attendent au tournant mon bon Monsieur.

    Le net permet à l’opposant birman de faire passer ces idées malgré la répression et la censure. Il faut se battre pour que cela continue.

    Depuis quelques temps, l’européen a lui aussi trouvé son combat : la défense de la liberté bafouée de télécharger la musique gratuitement ! Les mecs, c’est vrai, restons vigilant quoi.
  5. Bonne idée !

Le piratage est un phénomène que je comprends complétement. Mais arrêtons de nous trouver des excuses. La majorité pirate parce que les frs 15.- économisés pourront être investis ailleurs, c’est tout.

One Response to La RTS, le débat et le piratage

  1. Hello!

    Bon article, point de vue clair et détaillé – tout ce qu’il faut pour une bonne discussion ;).

    Et je te rejoins dans pas mal de point – voire la majorité en fait, sauf, dans mon cas personnel, le point 3 – je paie les artistes que j’apprécie, réellement ;). Du moment qu’on me file une plate-forme légale correcte, ou que je peux contacter directement les artistes sans passer par 10’000 intermédiaires, je fonce (tu en sais quelque chose ;) ).

    Par rapport au point 5, l’argument « liberté » est, la plupart du temps, mal employé et décrédibilise (erk, c’est juste ce mot?!) complètement la personne l’employant. On ne doit pas parler de « liberté d’avoir les choses gratuitement », mais « liberté d’échange », « liberté de partage ». Il y a une sacrée différence tu en conviendras.
    Et il est nécessaire de lutter contre les envies de filtrages des lobbies (censés représenter tant les artistes que les maisons de disques, mais représentant, à mon sens, les actionnaires de ces dernières). Il en va, effectivement, des libertés individuelles, mais en aucun cas de la liberté de consommer gratuitement.
    J’ajouterai que sans partage (privé, pair à pair), la culture disparaîtra.

    Comme déjà dit et développé sur mon blog, le problème est le retard d’une bonne grosse décade de la part des industriels du milieu culturel, que ce soit musical (ils sont en train de lentement combler leur retard avec des offres pas trop mal foutues) que cinématographique (là, c’est encore le néant absolut et complet, un trou noir).

    Comme aussi déjà dit et développé, il semble nécessaire d’éduquer les gens aux bonnes pratiques du Net. Des pratiques tant applicables aux logiciels libres et gratuits fonctionnant par dons qu’à la culture: tu aimes, tu fais un geste.

    D’aucun vont me jeter à la face « le mécénat n’est pas une solution »… Ça l’a bien été durant quelques siècles, et la culture ne s’en portait pas plus mal. Mais c’est un autre débat ;).

    Bref.

    Je suis content de lire ta réaction, et de voir qu’au final, une fois certains détails précisés, on ne semble pas être si éloignés d’une pensée commune (toi et moi – un artiste et un pirate ;) ).

    Bonne continuation, et vivement le 3e album!

    C.

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